Sur ces nouvelles bases, le cadre institutionnel du partenariat franco-chinois a connu ces dernières années un développement spectaculaire dont témoigne l’intensité des rencontres. Notre présence économique et culturelle en Chine n’est pas encore tout à fait satisfaisante mais les concepts de multipolarité et de pluralité culturelle, qui président au dialogue franco-chinois, alimentent des échanges sans exclusive, y compris sur les sujets les plus sensibles (droits de l’homme, Tibet). Le dialogue engagé est à ce titre souvent difficile, toujours exigeant, il n’en demeure pas moins nécessaire.
Reprise et élargissement du dialogue à l’appui de la nouvelle politique asiatique de la France.
Normalisation des relations politiques :
Normalisation des relations franco-chinoises
Premier grand pays occidental à avoir reconnu la Chine communiste (le 27 janvier 1964), la France a longtemps bénéficié à Pékin d’un capital de sympathie qui lui valut en particulier de jouer un
rôle important dans la conclusion de la guerre du Vietnam (1975). La fin de la Révolution culturelle (1976) marque cependant aussi celle de la spécificité française : Washington et Tokyo
établissent des relations diplomatiques en 1978 et 1979. Malgré un indéniable rapprochement pendant les années 80, la relation bilatérale est durement affectée par la répression brutale des
manifestations de Tian An Men.
La normalisation est consacrée par la visite du premier ministre Edouard Balladur en avril 1994, suivie en septembre par le premier déplacement en Europe du nouveau président chinois,
M. Jiang Zemin. Le Premier ministre Li Peng est reçu en visite officielle en avril 1996. Un mécanisme institutionnel de concertation bilatérale sur les questions politiques est rétabli.
Le choix du dialogue constructif
Cette concertation s’inscrit dans le partenariat global entre la France et la Chine conclu lors de la visite à Pékin du président de la République en 1997 qui a ouvert un nouveau chapitre des
relations bilatérales. Le mot clé est celui de multipolarité : membres permanents du Conseil de sécurité, la France et la Chine ont une responsabilité particulière dans les affaires
internationales. Elles souhaitent le développement d’un ordre international équilibré plutôt que dominé par un acteur hyperpuissant . L’Union européenne et la Chine sont appelées à être des
acteurs importants de ce monde multipolaire.
Le dialogue politique entre nos deux pays est dense et de bonne qualité, il est nourri par des rencontres fréquentes entre les deux ministres, en moyenne deux fois par an, à Paris ou à Pékin, et
en marge des réunions de l’ONU ou de l’ASEM. Les entretiens du ministre français des Affaires étrangères à Pékin en janvier 1998, confirment la volonté chinoise d’approfondir la concertation
sur les questions internationales. La crise en Irak au printemps 1998 met en évidence les convergences de vues entre la Chine et la France pour favoriser un règlement.
Les aspects institutionnels du partenariat franco-chinois ont connu depuis 5 ans un développement important dont témoigne l’intensité des rencontres. Des consultations politiques sur l’ensemble
des grandes affaires internationales se tiennent sur une base régulière depuis novembre 1996 ; les visites à haut niveau se multiplient. La France et la Chine partagent des analyses
convergentes sur les questions d’actualité internationale, parmi lesquelles, entre autres, les questions stratégiques, le Proche-Orient, l’Asie du sud. La dernière visite du Président de la
République en Chine (21-23 octobre 2000), qui comportait un important volet européen avec le sommet UE-Chine, sous présidence française de l’Union européenne, a été l’occasion d’engager de
nouveaux développements dans notre partenariat, déjà concrétisés par la mise en place d’un téléphone rouge entre Paris et Pékin et la décision d’organiser des années culturelles croisées. Le
ministre français des Affaires étrangères a marqué, lors de la visite de son homologue chinois, M. Tang Jiaxuan, notre souhait d’approfondir le dialogue politique, notamment à l’occasion des
échéances de rencontres bilatérales franco-chinoises à venir.
Le partenariat global, un cadre que la France et la Chine souhaitent renforcer
La visite d’Etat en Chine du président de la République du 15 au 18 mai 1997 a permis la signature, le 16 mai 1997, de la déclaration conjointe pour un partenariat global qui place la relation
franco-chinoise sur un nouveau pied en fixant des objectifs ambitieux de rapprochement politique, économique et culturel : renforcer la multipolarité, réformer l’ONU, promouvoir le
désarmement, protéger l’environnement, lutter contre la criminalité, aider au développement, soutenir le commerce multilatéral, respecter la pluralité culturelle, institutionnaliser les
consultations, intensifier la coopération commerciale, renforcer les échanges culturels. Elle constitue désormais le document de référence des relations franco-chinoises.
A la faveur de ce nouveau partenariat, la France s’efforce également d’aborder de manière plus constructive la question des droits de l’homme en Chine. Paris ouvre ainsi la voie à une nouvelle
approche européenne sur le sujet au printemps 1997 en permettant l’établissement d’un dialogue UE-Chine régulier, au niveau des experts et des juristes, sur les droits de l’homme et l’Etat de
droit. Cette ouverture a porté des fruits, par exemple en incitant la Chine à signer les deux pactes fondamentaux des Nations unies, sur les droits économiques, sociaux et culturels (signé en
octobre 1997 et ratifié en mars 2001), et sur les droits civils et politiques (signé en octobre 1998), même si les progrès concrets sont lents.
Le choix du nouveau Premier ministre, M. Zhu Rongji, de faire en France sa première visite bilatérale (5 au 7 avril 1998) témoigne également de la volonté de Pékin de privilégier, au sein de
l’Union européenne, sa relation avec la France. Enfin, la visite officielle en Chine du Premier ministre, du 24 au 26 septembre 1998, est elle-même précédée par les déplacements en Chine la même
année de six ministres. Elle est également marquée par la signature d’une déclaration sur la coopération financière internationale qui témoigne d’un engagement nouveau et des préoccupations de la
Chine dans ce domaine.
Les événements du 11 septembre ont fait de la lutte contre le terrorisme un thème supplémentaire d’intérêt commun. La Chine a annoncé sa volonté de coopération internationale en matière de
renseignement et de contrôle des transactions financières des groupes terroristes. La volonté chinoise d’éviter tout amalgame entre l’islam et le terrorisme et le souci de Pékin de réfléchir à
l’avenir de l’Afghanistan ont rejoint nos préoccupations. Ces échanges denses, sur tous les sujets, sont le principal acquis du partenariat global. On retiendra les déplacements récents du
ministre de l’Economie, des Finances et de l’Industrie en novembre 2001, du ministre de la Culture (février 2002), de M. Hu Jintao, vice-président de la République populaire de Chine
(novembre 2001), de Madame Chen Zhili, ministre de l’Education (mars 2002) et de M. Tang Jiaxuan, ministre des Affaires étrangères (juillet 2002). Enfin, le Premier ministre chinois,
M. Zhu Rongji, est attendu en France du 24 au 26 septembre 2002.
Le cadre de l’ASEM : développer une approche coopérative entre l’Europe et l’Asie
Le forum ASEM est un lieu d’échange et de dialogue entre les pays membres de l’Union européenne, la Commission européenne et dix pays asiatiques. Dans le contexte international né des attentats
du 11 septembre, les membres de l’ASEM ont rappelé le caractère privilégié de cette enceinte pour développer un dialogue approfondi entre l’Europe et l’Asie.
Objet des échanges :
- nécessité d’une réponse politique aux enjeux de sécurité internationale et régionale.
- La globalisation de l’économie dans le nouveau contexte international
- les migrations, plus particulièrement le suivi de la déclaration de Lanzarote (avril 2002)
- le développement durable
Une initiative conjointe de la France, du Danemark, de Singapour et de la Chine, vise à établir un dialogue des cultures et des civilisations à la suite du IV ème sommet de l’ASEM, qui s’est tenu
les 23 et 24 septembre à Copenhague. Il s’agira d’organiser, au premier semestre 2003, une conférence intitulée ’unité dans la diversité’ qui réunira des représentants de chaque pays,
principalement issus de la société civile. L’objectif de ce mécanisme sera d’identifier les valeurs communes qui peuvent rapprocher Européens et Asiatiques et de promouvoir une meilleure
compréhension mutuelle et une meilleure connaissance réciproque entre les membres et les civilisations des pays de l’ASEM
Des relations économiques encore insuffisantes
Des résultats français mitigés dans le domaine économique
Bénéficiant de sa reconnaissance de la Chine, la France était devenue le cinquième partenaire de la Chine dans les années 1970. Elle a vu dans les années 1980 son industrie prendre une part
active à la réalisation d’ambitieux programmes d’équipement, à commencer par le programme électronucléaire chinois - centrale de Daya Bay - ou s’engager dans des coopérations institutionnalisées
sous forme de joint ventures - implantations d’Alcatel, usine Dongfeng-Citroën à Wuhan. Nos relations économiques et commerciales s’appuient sur près d’un millier d’entreprises françaises ainsi
que sur des programmes de coopération. Plusieurs opérations (Michelin, Alcatel) ont été réalisées en 2001. Le mouvement devrait se poursuivre en 2002, notamment dans la distribution (Carrefour),
dans les assurances (CNP et Axa) et dans les biens de consommation. Les grands contrats continuent à occuper une place importante, comme en témoignent les contrats remportés par Thalès pour le
contrôle aérien, et par CSEE pour la signalisation de la ligne de chemin de fer Qinhuangdao-Shenyang. En 2002, les transports offrent les meilleures perspectives notamment dans le domaine du
transport urbain (métro). Le vecteur de l’environnement (eau, déchet) mobilise les groupes français.
Notre commerce extérieur devient pourtant déficitaire à partir de 1986 et a souffert du refroidissement des relations politiques après 1989 (3% en 1989 ; 1,6% en 1993). La normalisation des
relations politiques n’est certes pas sans incidences sur le commerce bilatéral. Le déficit commercial avec la Chine (49,8 milliards de francs en 2001) est devenu le deuxième plus gros déficit
bilatéral de la France. La croissance soutenue des investissements français en Asie, observée depuis le début des années 90, s’est poursuivie et s’est accompagnée d’un redéploiement géographique
à l’intérieur de l’Asie : la Chine a fortement attiré les implantations françaises, dont le nombre a progressé de 40% de 1998 à 2000. Cependant, l’investissement direct français en Asie
demeure modeste par rapport à l’investissement direct français dans le monde ou si on le compare au reste des investissements directs étrangers en Asie.
L’adhésion de la Chine à l’OMC
L’accord qui a été trouvé sur l’adhésion de la Chine à l’OMC marque l’aboutissement de quinze ans de négociations. La France avait depuis longtemps soutenu la candidature chinoise à l’OMC et a
salué son entrée dans cette organisation.
L’ adhésion de la Chine à l’OMC, qui reflète la place de plus en plus importante de la Chine dans l’économie mondiale et sur la scène internationale, aura un impact positif pour le développement
du commerce mondial, pour les mécanismes de régulation, pour l’OMC elle-même et aussi pour l’ouverture de la Chine dans tous les domaines.
Hong Kong, un des premiers partenaires de la France en Extrême-Orient
L’importance de la communauté française sur place et des intérêts économiques que nous y entretenons (1er excèdent commercial hors zone OCDE ; près de 400 entreprises françaises) font de
Hong Kong l’une des principales portes d’entrée de notre pays vers l’Asie et plus spécialement vers la Chine.
Le large degré d’autonomie (politique, judiciaire, douanière, budgétaire et monétaire) reconnu en 1990 dans la Loi Fondamentale de Hong Kong n’a pas été remis en cause. Les autorités de la région
administrative spéciale ont su préserver et développer les facteurs d’attractivité de Hong Kong, notamment un cadre juridique distinct qui assure le respect des libertés fondamentales et garantit
les conditions de développement d’une économie de marché.
De nombreuses visites ont permis de réitérer l’expression de notre confiance dans les autorités de la Région administrative spéciale. Des échanges nourris de délégations parlementaires se
poursuivent depuis l’année 2000. Le Secrétaire d’Etat au Commerce extérieur s’est rendu à Hong Kong le 22 novembre 2001. Après la venue en France en mars 1998 à l’invitation du Président de la
République du Chef de l’Exécutif, M. Tung Chee-Hwa, la visite du Chief Secretary M. Donald Tsang les 21 et 22 novembre 2001 a marqué la reprise des contacts à haut niveau. Les échanges
se diversifient, que ce soit dans dans le domaine de la lutte contre la criminalité organisée ou des nouvelles technologies. M. Anthony LEUNG, Secrétaire aux Finances, se rendra en France le
28 novembre 2002, tandis que le secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères, M. Renaud Muselier fera une étape à Hong kong lors de sa visite en Chine en octobre 2002.
La levée de l’obligation de visa pour les ressortissants de la Région administrative spéciale dans l’espace Schengen, décidée en décembre 2000 sous présidence française de l’Union européenne et
qui a pris effet en avril 2001 a été particulièrement appréciée à Hong Kong, comme une marque de confiance dans le principe un pays, deux systèmes et dans le sérieux des autorités
hongkongaises.
Les échanges commerciaux de la France avec Hong Kong sont structurellement excédentaires. Après avoir connu une forte croissance jusqu’en 1995, nos exportations vers Hong Kong ont diminué, en
particulier en raison de l’impact déflationniste de la crise asiatique de 1997, sans toutefois que soit remise en cause l’importance de notre excédent commercial (3Mds). A partir de 2000, nos
ventes ont enregistré un net rebond. Globalement, Hong Kong était en 2001 notre quatrième excédent mondial, se plaçant au 12ème rang des clients de la France dans le monde. Le rôle de Hong Kong
en tant que plate-forme financière et commerciale pour la région et en particulier pour la Chine, reste un élément fondamental pour les implantations françaises.
Nouveau dynamisme des relations euro-asiatiques : de grands partenaires économiques
Les relations entre l’Europe et la Chine se développent de façon très substantielle. L’Europe et la Chine sont de grands partenaires économiques : l’Union européenne souhaite que la Chine
réussisse pleinement son entrée à l’OMC, et a déjà lancé un important programme de coopération pour y contribuer.
Les atouts culturels et techniques de la France en Chine :
Coopération scientifique
Le coup d’arrêt porté à la coopération culturelle et technique après juin 1989 a conduit à la recentrer sur des actions en synergie avec les industriels. 90 % des sommes investies vont
désormais à la coopération scientifique et éducative, en donnant la priorité aux filières à double orientation (langue française et discipline technique : gestion, tourisme ou
mécanique).
La coopération scientifique a été recentrée sur un Programme de Recherches Avancées (PRA) couvrant cinq domaines prioritaires : biologie, environnement, mathématiques et informatique,
matériaux et biotechnologies. Un projet de Maison franco-chinoise de la science et de la technologie est en cours d’élaboration. La coopération médicale, déjà ancienne, est très active à
Shangai ; un pôle franco-chinois de recherches en sciences du vivant et génomique y a été inauguré le 13 avril 2002. Notre coopération se traduit également par un réseau d’archéologie, actif
en particulier au Xinjiang.
Notre coopération technique se déploie dans de très nombreuses directions. Une grande importance est donnée au secteur agro-alimentaire, dans lequel des coopérations déjà anciennes sont menées
par nos instituts de recherche - INRA, CIRAD, IFREMER - ou se mettent en place, notamment au travers de la ferme vini-viticole de Hualai (Hebei). Le comité de coopération agricole et
agro-alimentaire vise à prolonger la coopération franco-chinoise par une démarche commerciale.
Coopération culturelle
Les crédits de coopération culturelle et technique représentent aujourd’hui plus de 7,6MdE (2001). Ce montant fait de la Chine notre premier partenaire en Asie après le Vietnam.
Un arrangement administratif de coopération éducative a été signé en mars 2002 lors de la visite à Paris de Madame Chen Zhili, ministre de l’Education. Par ailleurs, un centre culturel français,
libre d’accès - ce qui constitue une première en Chine - sera ouvert à Pékin. La Chine ouvrira quant à elle un centre culturel à Paris.
La coopération culturelle s’attache aussi à soutenir des manifestations importantes, comme l’exposition Rodin de 1993, le ballet de l’Opéra de Paris à Pékin au printemps 1998, la représentation
du Faust de Gounod à l’automne suivant et une grande rétrospective de Zao Wou Ki à Shanghai. Le programme 50 architectes lancé par le Président de la République lors de sa visite d’Etat en 1997
constitue un succès de notre coopération culturelle.
Les années 2003 à 2005 verront la réalisation des années culturelles croisées qui permettront une meilleure connaissance réciproque du patrimoine et de la création dans les deux pays. L’année
2004 marquera le 40ème anniversaire des relations diplomatiques entre nos deux pays.
Coopération administrative
Développée depuis la signature d’un mémorandum entre ministres de la Fonction publique en juin 1991, la coopération administrative avec la Chine connaît un essor très rapide, en réponse aux
attentes croissantes de la partie chinoise en matière de réformes institutionnelles (accueil des élèves chinois à l’ENA et à l’IIAP depuis 1984, et de plusieurs centaines de fonctionnaires
chinois).
Avec un cinquième de la population mondiale, la Chine offre un vaste potentiel politique, économique et culturel. Elle doit être encouragée à mener avec la France et ses partenaires européens un
dialogue qui englobe tous les facteurs liés à son développement, dans ses aspects intérieurs et extérieurs. Plutôt que de se concentrer sur les seuls projets phares, dont la portée symbolique
dépasse souvent l’intérêt économique et social, la France souhaite continuer de diversifier les secteurs cibles de sa coopération et oeuvrer pour que la société civile chinoise soit la première
cible et la première bénéficiaire de sa coopération.